Dialogue d’été

– Y a-t-il certains de ces personnages que tu préfères aux autres?
– Non, dans mon cœur ils sont tous exactement à la même place. Et d’ailleurs, il s’agit peu de 'cœur'. Encore une fois, je n’ai pour eux et ils n’ont pour moi aucune affection particulière. Nous n’avons pas de sentiments les uns pour les autres, nous sommes dans l’action. Imagine un petit lot de gens qui pour une raison ou une autre se retrouveraient seuls sur la terre avec pour seul désir celui de vivre. Ce que nous avons en commun et qui nous rassemble, c’est d’être dans la même situation avec la même intention. Notre alliance est indéfectible, muette, tacite, fondée sur une espèce de tristesse que je ne m’explique pas bien.

Un écrivain explique à son interlocuteur – son double? – comment il entre dans l’écriture et l’imaginaire. Il lui parle de ses personnages, des relations qu’il entretient avec eux. Il lui montre comment il est à la fois dans et hors du roman. Avec une familiarité tour à tour joueuse et impérieuse, il l’entraîne avec lui de l’autre côté du miroir, là où le roman prend corps. Dans ce voyage au cœur de la fabrication d’une œuvre, Anne Serre nous convie, nous, lecteurs, à une expérience unique et vertigineuse.