Il était une fois dans l'Ouest

Par 11 juin 2018 à 16:45

Je raconte ça juste pour que vous compreniez. Comment on peut voir un massacre sans broncher. C'est parce qu'au départ, on est rien. On savait comment faire avec rien, ça, on savait. C'est presque inutile de préciser que mon père est mort, lui aussi. J'ai vu son corps décharné. La faim, c'est un vrai feu, un fourneau. J'adorais mon père quand j'étais encore un être humain. Puis il est mort, j'avais faim, puis ça a été le bateau. Puis rien. Puis l'Amérique. Puis John Cole. John Cole était mon amour, tout mon amour était pour lui.

Attention, grand roman !

Chassé d'Irlande par la Grande Famine (1 million de morts entre 1845 et 1852), Thomas McNulty émigre en Amérique à l'âge de 12 ou 13 ans. Dans ce livre à la première personne, Thomas nous fait le récit de sa vie jusqu'à la quarantaine, « ces jours sans fin de ma vie » comme il le dit lui-même, ces jours où John Cole et lui étaient « pleins de vie et heureux comme les hirondelles sous l'avant-toit de la maison ».

Et pourtant… Deux gamins des rues s'accrochent l'un à l'autre, tentent d'échapper à la misère, brinquebalés par l'histoire de la conquête de l'Ouest et de ses massacres. Des boucheries des guerres indiennes à la guerre de Sécession, les Etats-Unis naissent sous leurs yeux. Tant bien que mal, ils survivent, s'aiment, recueillent une jeune indienne, et même, ainsi, fondent une famille. Mais la mort et le drame ne sont jamais loin.

La force de ce roman tient dans la simplicité de son dispositif : un homme nous raconte sa vie avec ses mots. Le pathos et l'apitoiement ne sont pas de mise pour Thomas. Il doit vivre, il fait avec. Il essaie de nous raconter tout ça du mieux qu'il peut, le plus honnêtement possible. Et nous, lecteurs et lectrices, sommes emportés par le tumulte de cette existence à la fois si exceptionnelle et si banale au fond : un homme, presque comme tous les autres, tente de se faire une place dans cette vie.