Au bout de l'effort

Par 25 octobre 2019 à 18:12

« Parmi les soixante-neuf concurrents de trente-cinq nationalités nous ne sommes que onze Africains. Onze ! Ce 11 magique je le porte comme un étendard en chiffres blancs sur mon maillot trop court. Devant nous les Russes, les Anglais et les Français monopolisent les regards et c’est tant mieux comme ça. En vérité je cours caché. La discrétion est la clé qui ouvre toutes les portes. Attendre le moment idéal, c’est ce que suggérait hier encore le major Onni Niskanen. Ne te hâte pas de mal penser au commencement et ne te précipite pas dans les derniers temps, conseillait-il. Je fais comme on a dit. Le Major suédois s’occupe des cadets à l’école militaire d’Addis-Abeba – il est en charge de l’appréciation du matériel humain. C’est aussi le directeur du département d’éducation physique et le secrétaire général de la Croix-Rouge éthiopienne. Niskanen est mon entraîneur et je l’appelle parfois papa ; bien sur papa sait que je vais gagner cette course mais il se garde bien de le dire à qui que ce soit. »

Ecrire un livre sur le sport est un exercice ardu, souvent plus que l’épreuve elle-même, surtout lorsque le résultat est connu dès les premières pages : Jeux Olympiques de Rome, samedi 10 septembre 1960, l’athlète éthiopien Abede Bikila, remporte pieds-nus le marathon en 2h 15’16’’, efface des tablettes le record du monde d’Emil Zatopek et ouvre la voie à la domination sans partage des coureurs est-africains sur la discipline. Au-delà du récit épique ou de la fresque historique qui marque la revanche symbolique de l’Ethiopie sur l’envahisseur italien, Sylvain Coher s’attache à nous faire vivre de l’intérieur les pensées de l’athlète et les émotions de l’homme. Cette petite voix intérieure connue de tous les coureurs de fond, qui permet de poser le cerveau et de laisser l’esprit divaguer au rythme de l’effort et des kilomètres qui jalonnent les chapitres du roman.

Cette petite voix qui nous rappelle que les hommes simples sont capables des plus grands exploits.