Comme toutes les femmes

Par 4 novembre 2019 à 18:06

"Le pire, c’était le même, les mêmes grands arbres, les mêmes cimes, les taches de lumière qui filtraient à travers, les mêmes épineux, la même terre cuite sans ombre, et nous littéralement qui mourions de soif. Jamais depuis notre évasion cette forêt, ces arbres, cette voûte céleste ne nous ont paru si étrangers, si malveillants, si impitoyables et si indifférents à nous. On était au bord de la vie et on le savait."

La notice du livre en dit beaucoup, trop peut-être. Retenez l’accroche : oui, ce dernier roman de la grande romancière irlandaise Edna O’Brien sur cette adolescente nigériane enlevée par Boko Haram est « sidérant ». Mais la force de « Girl », contrairement à ce qu’on pourrait attendre, tient dans cette focale mise sur le retour de la jeune fille.

Traumatisée par cette expérience abjecte, elle réussit à s’évader. Elle sera accueillie avec une réserve glaçante, à la limite de la méfiance. C’est ce côté édifiant qui a intéressé Edna O’Brien. Chantre iconoclaste des luttes féministes dans son Irlande morale et pudibonde, Edna O’Brien internationalise son propos et nous rappelle avec fracas cette évidence : les premières victimes des tyrannies restent les femmes. Une petite réserve toutefois sur l’écriture, manquant parfois de fluidité. Peut-être un souci de traduction. Ne gâche en rien la force de « Girl ».