Sylvain et la panthère

Par 4 novembre 2019 à 18:17

" Elle se leva, tendit l’encolure vers nous. « Elle nous a repérés, pensai-je. Que va-t-elle faire ? Bondir ? » Elle bâilla. Voilà l’effet de l’homme sur la panthère du Tibet. "

L’idée vient de son ami photographe animalier Vincent Munier : gagner le Tibet pour ne serait-ce qu’apercevoir la panthère des neiges, animal aussi fabuleux que rare. L’attention naturaliste – comme toute attention d’ailleurs – est une expérience moins évidente qu’elle n’y parait : car pouvoir observer c’est savoir attendre. Longtemps à chaque fois, silencieusement parfois. Et revenir bredouille le plus souvent. Et par des températures avoisinant les moins trente, Sylvain Tesson, le dévoreur d’espace, fait ainsi l’apprentissage d’une patience qu’il ne se connaissait pas.

La question du livre n’est pas de savoir si Tesson et ses petits copains finiront pas voir la bête majestueuse (attention, spoiler : ils la verront et plutôt bien), ni si le cas échéant ils ressentiront cela comme une récompense. Non, le propos défendu ici par Tesson, et qu’on appréciera pour son humilité bienvenue, est de remettre ce petit bipède qu’est l’être humain dans sa position à la fois d’infirme sauvage (« point aussi viril que le loup ou aussi découplé que l’antilope » p.42) et de prédateur suprême, « Folamour 2.0 » au commandement d’« une guerre totale » et qui se retrouvera bientôt « seul, à [se] demander comment [il avait] pu faire le ménage aussi vite » (p.163).

Tesson, je pensais, c’est comme Tintin. Je veux dire : une aventure, un bouquin. Sylvain fait de la moto en Sibérie, Sylvain apprend le crawl au Baïkal, Sylvain et les Picaros, etc. Rien pour le distinguer, a priori, de ses petits camarades qui inondent les rayonnages des librairies de leurs récits de voyages souvent écrits comme des rédactions de cours élémentaire. Je me trompais. La plupart du temps, on découvre un auteur par hasard. Pour Tesson, ce fut mon cas récemment (Sur les chemins noirs). Je ne regrette pas. Ce type est intéressant et réfléchi, souvent nuancé tout en conservant un regard curieux et enthousiaste – ce n’est pas si anodin.

Dans "La panthère des neiges", Tesson nous apprend que savoir observer la nature, c’est avoir les mêmes qualités que lorsque l’on est amoureux : la patience et l’attention. Bien vu.