Un récit d’ombres et de lumière

Par 28 mars 2020 à 19:33

"La femme qu’on emmène dans un hurlement de sirène s’appelle Vivian Maier, elle aura quatre-vingt-trois ans le 1er février. Personne, ici, ne sait qui elle est. Une silhouette familière du quartier, une de celles qui semblent faire partie d’un lieu, d’un décor, et un jour, elles ne sont plus là."

Ce roman retrace l’existence de Vivian Maier. Cette photographe de rue a réellement existé. Elle naît à New York, en 1926, d’un père autrichien et d’une mère française. Sa vie d’adulte, elle la passe en grande partie à travailler comme nourrice. Cet emploi lui permet d’exercer la photographie en amateur. Ses clichés sont alors inconnus du public. Son œuvre est révélée après sa mort, en 2009.

L’histoire des manuels scolaires a longtemps été faite de hauts faits politiques, de grandes découvertes scientifiques, de révolutions artistiques. Une histoire de l’élite. S’intéresser au peuple, aux oubliés, à ceux qui n’avaient pas voix au chapitre est une démarche qui gagne du terrain. Elle est, cependant, plus hasardeuse, car l’historien possède moins de matériaux pour son étude. C’est à cela que me fait penser la démarche de Gaëlle Josse dans ce court roman, Une femme à contre-jour. Il demeure des mystères autour de Vivian Maier. Femme secrète, solitaire, atypique. Les déclarations de ceux qu’ils l’ont connue se contredisent parfois. Gaëlle Josse écoute ce que disent les archives, les dates, les témoignages. Elle interroge les motivations, les bonheurs et les souffrances de Vivian. Il reste néanmoins des silences, des ombres et elle se garde de trop les romancer. Elle suggère tout au plus. Doit-on reconnaitre aussi dans cette démarche, la posture du psychologue ? Gaëlle Josse a suivi, entre autre, des études de psychologie clinique. Peut-être est-ce pour cela qu’elle tourne autour des secrets de Vivian Maier avec tant de précaution et qu'il résonne, dans ce parcours singulier, quelque chose d''universel.

Vivian Maier a des racines dans les Hautes Alpes où elle a passé une partie de son enfance. Une part de ses clichés étaient exposés cet hiver, au Musée de l’Evêché, à Grenoble.