Etre dernier

Par 31 mars 2020 à 12:15

« Le problème c’est pas l’endroit, c’est le fait d’être coincé dans la vie, de rien pouvoir imaginer, de pas pouvoir bouger, de pas pouvoir rêver »

Ils ont quinze ans, vivent aux Renarts, une cité à la périphérie d’une petite ville, nichée dans les Chambaran, peu desservie par les transports et manquant de distractions. C’est les vacances d’été. Luky, Abdoul et Diego passent leurs journées ensemble, cherchant à tuer le temps en attendant d’entrer au lycée. Ils sont dans un entre-deux, entre enfance et âge adulte. La période où l’on attend d’eux qu’ils choisissent un métier, fassent des projets pour le futur. Mais comment s’imaginer un avenir quand le monde va mal, quand le lieu où vous vivez semble végéter ?

Luky ne sait que répondre quand on lui demande ce qu’il veut faire plus tard, alors il dit « éboueur », ou même « dernier ». Les cours lui pèsent, l’indiffèrent ; il rêve d’autre chose sans très bien savoir de quoi. Il entend aussi des voix, a son monde à lui, en lui. Son copain Diego, lui, ne s’intéresse qu’aux filles. Des trois, le seul à entrevoir un chemin, c’est Abdoul, qui a découvert le théâtre et la littérature, et qu’épaule son professeur de français.

L’Isérois Aurélien Delsaux a été professeur et il a probablement côtoyé Luky, Diego et Abdoul. On sent la tendresse qu’il a pour ses personnages dont il a su rendre le parlé sans tomber dans la caricature. Tout comme Sangliers, son précédent roman, Pour Luky est ancré dans un lieu minutieusement décrit qui a toute son importance.

Loin d’être sombre, Pour Luky offre des moments d’humour, de poésie, d’insouciance retrouvée par un trio qui n’a pas encore totalement quitté l’enfance et la chaleur de l’amitié.