L’hypothèse de ses jours

Par 31 mars 2020 à 12:20

« …et j’aurais aimé que tu me montres. Que tu puisses me montrer. J’aurais aimé courir dans les allées en robe de petite fille et que tu m’emmènes, tiens, viens voir (tu aurais pris le temps de ça, toi, l’homme occupé, le savant, toujours dans tes pensées, comme on disait que tu étais), que tu tendes ton doigt d’octogénaire aux cheveux blancs vers telle ou telle plante et que tu me racontes. »

Dans la famille de Christine Montalbetti, on raconte volontiers l’histoire de son arrière-grand-père, Jules Poisson. Né en 1833, il a traversé le XIXe siècle jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale. Entré tout jeune au Jardin des Plantes à Paris, il est devenu un botaniste renommé. Parti herboriser en Corse, il a rencontré Sophie qu’il a ramenée avec lui à la capitale. Ils ont eu un fils, perdu et retrouvé plusieurs fois. L’auteure a fait des recherches pour compléter ce roman familial, ajoutant aux faits avérés trouvés dans des archives personnelles et des articles, d’autres petits romans issus de son imagination pour combler les lacunes de l’histoire de son ancêtre. Elle a notamment essayé d’imaginer comment Jules avait vécu les grands événements de son époque (la Commune, la tempête de 1896 à Paris, les guerres).

Au fil de ses romans, Christine Montalbetti s’est glissée dans divers genres littéraires : épopée dans L’origine de l’homme, western dans Western, fait divers dans Trouville Casino, tous publiés chez POL. Elle n’a pas fait exception avec Mon ancêtre Poisson, récit de filiation. S’adressant à Jules, elle y mêle des souvenirs d’enfance vécus, le regret de ceux qu’elle aurait pu avoir si elle avait côtoyé son ancêtre et la relation imaginaire entre elle adulte et Jules très âgé. Elle mentionne aussi souvent Sophie, « ma-grand-mère-ta-petite-fille », ce relais entre elle et lui puisqu’elle est celle sur laquelle tous deux ont posé leurs yeux.

Si la narratrice parvient à établir un lien, un dialogue, avec cet arrière-grand-père qu’elle n’a pas connu, c’est bien grâce à l’écriture qui abolit le temps et leur permet de coexister au moins au cœur de ce récit.