Le PROJET

Par 3 avril 2020 à 10:17

« Nous ne vivons plus dans une époque, mais dans un délai. »

Quel est le point commun entre Thomas Münzer, prédicateur protestant qui encouragea des soulèvements populaires dans l’Allemagne du XVIe, Alain Delon dans Le samouraï de Melville, et une star du porno ? Ils sont tous au centre du PROJET, le livre que veut écrire Luc Jardie, le narrateur de L’homme qui brûle. S’y ajoute aussi, envahissante, l’image de sa mère qui voulait faire de lui « une brique fendant l’air », un fils voué à la réussite sociale. Il en est loin.

Dans une société violente, sécuritaire, en proie aux inquiétudes climatiques, cet écrivain en panne, obsédé par l’Apocalypse, voudrait écrire un roman total qui contiendrait toutes ses obsessions. C’est un personnage en perte de repères affectifs et idéologiques dans une époque marquée par le vide éthique et politique. Mis à part Jérôme, son ami d’enfance, ce solitaire n’a de lien avec ses semblables qu’à travers les réseaux sociaux ou le téléphone portable.  Le PROJET vient combler ce vide dans lequel il est et donner un sens au monde.

Alban Lefranc est romancier et traducteur de l’allemand ; il écrit aussi des pièces de théâtre. Dans L’homme qui brûle, il a imaginé un personnage fictif, alors que dans ses précédents textes, il réinventait les vies de personnes réelles : Fassbinder (La mort en fanfare, 2005), la bande à Baader (Si les bouches se ferment, 2006), Mohamed Ali (Le ring invisible, 2013), Maurice Pialat (L’amour la gueule ouverte, 2015), , ou Steve Jobs (Steve Jobs, 2016 : pièce de théâtre).

C’est un texte déstabilisant au début, plein d’énergie, qui mélange les registres d’écriture (sérieux, humour noir, mélancolie ; des passages très touchants sur l’enfance, sur l’amitié) et qui nous change de nos lectures habituelles.