Sur les pas de Jack London

Par 3 avril 2020 à 10:27

« Après cette traversée, je me suis senti encore plus proche de Jack London grâce au patronage de Martin, qui aura été notre go-between. Ils m'auront démontré l'amplitude du monde. J'ai marché à leur côté, légèrement en retrait, j'ai tenté d'accorder mon pas au leur, avec l'illusion d'être à l'unisson de Jack, un peu au large, comme si je flottais dans sa robe de feuilles de cocotier. Je les ai suivis avec passion. Il est temps de leur adresser un ultime salut. »

En cet été 2016, Bernard Chambaz et son amoureuse partent pour un périple de 5000 km entre le Canada et les Etats-Unis sur les traces de Jack London, lui à vélo, elle en voiture. Une aventure doublée d’un voyage intérieur vers Martin, leur fils mort accidentellement à 16 ans, 24 ans auparavant. Si l’écrivain américain est leur compagnon de route, c’est qu’il est né en janvier 76, comme leur fils, mais à un siècle de distance, et qu’il est mort à 40 ans, âge qu’aurait Martin au moment de leur périple. Et bien sûr, il est l’auteur de Martin Eden. Ce récit est une biographie (à peine) romancée, entrecoupée de conversations imaginaires entre Jack et Martin. La vie de Jack London, cet homme habité par la liberté et la curiosité, incapable de se poser, est digne d’un roman d’aventures.

Après des petits boulots et l’usine à 13 ans où s’ébauche son engagement pour le socialisme, il part chasser les phoques, participe à la ruée vers l’or dans le Grand Nord ; puis viennent les premiers écrits. Il se marie, a 2 filles, avant de rencontrer Charmian, la femme de sa vie. D’autres femmes traversent ce récit : sa mère, sa nourrice, sa sœur. C’est dans ses périples, les expériences qu’il vit, qu’il puise son inspiration pour une multitude de nouvelles et de romans. La gloire littéraire finit par arriver, qui lui permettra de réaliser ses innombrables projets (un tour du monde à bord de son bateau, puis exploitation d’un ranch, entre autres).

Romancier, poète et essayiste, Bernard Chambaz a obtenu le Goncourt du premier roman en 1993 pour L'Arbre de vies. Il a écrit de nombreux récits de voyages ainsi que des textes sur le vélo et le sport en général. Depuis la mort de son fils, au coeur de Martin cet été (Julliard, 1994) le thème du deuil traverse nombre de ses romans. Dernières nouvelles du martin-pêcheur (Flammarion, 2014) notamment, raconte aussi un périple à vélo à travers les Etats-Unis à la rencontre de Martin.

Sur les traces de cet écrivain aventurier, dont il ne cache pas les contradictions, Bernard Chambaz offre à son fils une nouvelle et émouvante présence au monde, et nous donne envie de nous (re)plonger dans les romans de Jack London.