Orphelin à perpétuité

Par 3 avril 2020 à 10:30

«Je parle d’autres êtres, des fantômes, des morts, de mes pauvres morts, de l’amour que j’ai eu pour eux, du fait que cet amour ne part pas. Personne ne sait ce qu’est l’amour.»

Ordesa est un village des Pyrénées, où le père de Manuel Vilas emmena sa famille au cours de l’été 1969 et où le fils cherchera plus tard ses traces avec ses garçons. Depuis, le père, ainsi que la mère, sont morts, laissant sur le bord de la route un fils « orphelin à perpétuité ». C’est assailli par les souvenirs du passé et les fantômes des disparus qu’il entreprend d’écrire cet hommage à ses parents et à la classe moyenne basse à laquelle appartenait sa famille.

Cet autoportrait d’un homme qui avoue ne plus trouver parfois le courage de continuer ne se limite pourtant pas à l’intime. Il fait aussi une chronique de la société espagnole à la fin du franquisme et les années qui ont suivi. L’appartenance à une classe sociale, la paternité, l’éducation, la réussite et les échecs, l’alcoolisme, autant de sujets traités de façon personnelle et collective à la fois.

Ordesa est une suite de 157 fragments tour à tour sarcastiques, poétiques, ou nostalgiques, voire dérangeants, mais aussi pleins de drôlerie. Ces fragments sont suivis d’une dizaine de poèmes et complétés par quelques photos de famille.

Écrivain et poète Manuel Vilas est une figure d’avant-garde de la littérature espagnole. Il réside dans l’Iowa où il enseigne l’écriture créative. Ordesa l’a imposé comme un écrivain majeur de son pays et lui a valu le Prix Fémina étranger 2019.

Ordesa est un livre très personnel, dans lequel Manuel Vilas donne sa vision de la vie. Mais quand il dépeint une famille qui doit lutter contre la pauvreté et quand il dit la douleur du «jamais plus» et le dialogue qui persiste entre les morts et les vivants, il devient universel.