Blessures du racisme ordinaire

Par 9 avril 2020 à 16:24

"Nous vivons dans une époque, ma fille chérie, où les êtres insensibles et ignorants ont fait leur affaire, dans les États riches, de proclamer haut et fort quels sont ceux qui méritent d’être considérés comme étant «des nôtres» (vraiment «des nôtres») et ceux qui sont les étrangers, «ces autres» qui ne le méritent pas."

C’est la lettre qu’un père écrit à sa fille, toute jeune adolescente. En creux, en écho, l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ce pays auquel le Canada s’est toujours estimé moralement supérieur, plus tolérant et plus ouvert. Mais les mots de l’auteur transpirent surtout d’un amour immense, celui d’un père pour ses enfants, d’un fils pour ses parents.

Le 29 janvier 2017, un homme armé pénètre dans une mosquée de Toronto et ouvre le feu. Il fera six victimes. La fille de David Chariandy, écrivain canadien aux origines afro-asiatiques, est âgée de treize ans. « Il est tellement horrible ce monde », s’émeut-elle.

David Chariandy écrit d’abord pour sa fille, pour lui raconter l’histoire de ses propres parents. Mais écrire, c’est aussi attirer l’attention sur la façon dont les générations précédentes ont affronté le racisme et la sempiternelle question : « d’où venez-vous vraiment ? », puisqu’il est inconcevable que les « personnes de couleur » puissent ne pas venir « d’ailleurs ».

En tant que père, en tant que parent, David Chariandy se doit de partager avec ceux qu’il aime la réalité du monde. Il le fait avec sobriété, questionnant tout à la fois les notions de privilèges et de place dans la société, la question des origines et du récit familial.

Un texte tendre et puissant, digne et pudique, délicat et nécessaire.