Du polar à l’eau-de-vie

Par 9 avril 2020 à 17:11

« J’essaie de garder toujours deux verres d’avances sur la réalité et trois verres de retard sur la biture. »

Embauché par l’ex-femme d’Abraham Trahearne, C.W. Sughrue, détective privé, se voit confier une mission somme toute assez simple, le ramener au bercail. Le célèbre écrivain est parti dans une de ses multiples errances orgiaques. Quand Sughrue retrouve Trahearne, celui-ci est assis comme il se doit, au comptoir d’un bar, en compagnie d’un bouledogue alcoolique, Fireball Roberts. L’histoire aura pu s’arrêter là pour Sughrue. Mais, en commandant une bière à la patronne, il s’engage sur la voie d’une seconde enquête, autrement plus ardue : retrouver Betty Sue, fille de la barmaid, disparue depuis… 10 ans. A la suite d’une malencontreuse fusillade, Trahearne est immobilisé, blessé au postérieur par une balle perdue. Subjugué par une photo de Betty Sue, Sughrue accepte, pour quelques malheureux 87 dollars, d’aller fouiner sur la piste de la disparue. C’est ainsi que ce trio improbable, formé par Trahearne, auteur en mal d’inspiration et englué dans des problèmes conjugaux, le chien Fireball, qui a comme idée fixe de lamper un restant de bière, et Sughrue, se lance à la recherche de Betty Sue. Très vite, ils vont s’apercevoir qu’elle a mal tournée…

Personnage haut en couleur, alcoolique, ancien du Vietnam, porté les armes et les drogues, avec une faible pour les femmes (dangereuses), Sughrue n’a pas la langue dans sa poche. Il fait preuve d’un humour féroce. Sans grande ambition dans la vie, mis à part avoir de quoi remplir sa glacière de bières et n’avoir jamais le gosier sec, le privé du Montana se lance dans une enquête difficile. Cynique et parfois d’une violence surprenante, Sughrue est néanmoins incapable de dire non aux sollicitations. James Crumley construit une histoire tordue et retors, qui mêle deux intrigues. On retrouve du Jim Harrison dans son écriture, cette expressivité et cette tendresse pour des personnages cabossés et l’immensité des paysages de l’Ouest américain.

Une écriture caustique et pleine d’humour, vibrante de la nostalgie des grands espaces. Crumley au sommet de son art !

James Crumley (1939-2008) est originaire du Texas, où il y fait ses études et sert deux ans dans l’armée. Devenu ensuite professeur de littérature composition littéraire, il travaille pour plusieurs universités aux Etats-Unis. Dans les années 1960, il s’installe dans le Montana et peu après, il abandonne le professorat pour se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Un pour marquer la cadence (1967) est un récit touchant consacré à la guerre du Vietnam. Dans ses principaux romans, James Crumley met en scène deux détectives privés, parfaits anti-héros : C.W. Sughrue et Milo Milpdragovitch. Dernier baiser est le premier roman consacré par Crumley au personnage de C.W. Sughrue.