Un roman français brillant, sans illusion, et d’actualité

Par 16 avril 2020 à 11:23

"Ce fut une période noire au cours de laquelle elle [Claire Farel] fit l’apprentissage de la solitude, de la trahison et de la déception. Elle avait toujours été du côté des femmes dans la lutte contre les violences, du côté des victimes, mais à présent, elle cherchait avant tout à protéger son fils. Elle avait découvert la distorsion entre les discours engagés, humanistes, et les réalités de l’existence, l’impossible application des plus nobles idées quand les intérêts personnels mis en jeu annihilaient toute clairvoyance et engageaient tout ce qui constituait notre vie."

Ce roman français a obtenu le Prix Interallié et le Prix Goncourt des lycéens 2019 : il est en effet excellent, réaliste et convaincant. Le ton est concis, vif, cynique, le récit très bien mené, et les thèmes d’actualité (le mouvement « me too », la question du consentement, du viol, du pouvoir...).

Le roman s’ouvre avec des histoires de couples qui se déchirent, de familles qui se décomposent et se recomposent. L’héroïne, Claire Farel, une intellectuelle féministe, divorce de son époux, un journaliste politique très influent, tandis qu’Adam Wizman, l’amant de Claire, quitte sa femme. Puis tout se délite, la vie des protagonistes est bouleversée, et le roman devient judiciaire, avec une longue focalisation sur le procès du fils de Claire, accusé de viol par la fille d’Adam.

Le déroulement du procès, décrit avec méticulosité, permet à une cruelle lucidité, à un cynisme contagieux, de se déployer progressivement. Sont décryptés les mécanismes du pouvoir, de la domination masculine, la suprématie d’une élite politico-médiatique…

Un roman sagace, ironique, assez fataliste, mais d’un talent indéniable dans la description des rouages psychologiques des personnages, et des règles tacites ou explicites qui régissent la sphère médiatico-politique et les relations hommes-femmes. Noir et brillant...