La comédie humaine

Par 27 avril 2020 à 15:31

"Il s'imaginait ce que ça donnerait si chacune de ces voix avait l'occasion d'être entendue encore une fois. Evidemment elles parleraient de la vie. Il se disait que l'homme n'était peut-être en mesure d'évaluer définitivement sa vie qu'après s'être débarrassé de sa mort."

Un banc vermoulu abrité sous un bouleau tordu et un homme, sans nom, convaincu d’entendre parler les morts. Il vient visiter les tombes « jetées au hasard devant lui dans le pré ». Il s’assoit et écoute.

C’est ici qu’il fait parler les disparu.e.s de Paulstad en les habillant de souvenirs, flous parfois, inventés ou reconstitués de femmes et d’hommes ordinaires dont les vies ont constitué l’histoire collective d’une petite bourgade dans la période d’après-guerre. Se dévoilent alors vingt-neuf portraits dont un en deux mots ressemblant à une épitaphe mystérieuse. D’autres s’entremêlent, parlent d’amour et de passion, de fuite, de déception, d’ennui aussi. Des arrêts sur images qui tremblent sous l’effet de l’oubli. Il y a des odeurs de terre, de fumée, des sensations d’herbe et de mousse, les sons d’une machine à sous ou le tic-tac d’une montre… tout est vie même dans l’instant du dernier souffle !

Ainsi la puissance de l’évocation incarne ces destins banals portés par l’écriture simple, sans pathos mais ô combien délicate de Robert Seethaler. Si vous vous attendez à un roman triste vous serez déçu.e ! Le champ est un récit vivant, une comédie humaine dont l’auteur est le chef de chœur. Il donne la parole aux morts en paix et nous invite à célébrer la vie.

Auteur largement reconnu en Allemagne avec Le Tabac Tresniek et Une vie entière, Robert Seethaler confirme ce talent particulier d’une écriture à fleur de papier, vibrante et poétique.