« Mon premier souvenir est une bombe. »

Par 11 mai 2020 à 09:50

« Elle [La Bretagne] m'a donné confiance en moi, en ma capacité d'exister, d'affirmer mon individualité, mon identité. Celle que je me suis créée. Ma coquille, mon petit monde. … »

Ce livre regroupe deux « contes » d’inspiration autobiographique, qui relatent deux moments de l’enfance de J.M.G. Le Clézio.

Dans Chanson bretonne, il égrène des souvenirs de ses séjours d’été en Bretagne, dont est originaire sa famille, entre 1948 et 1954 : les fêtes au château de la marquise de Mortemar, les promenades sur la lande, les moissons, les corvées d’eau. Tout cela est vu au prisme des changements qu’a connu la région depuis. Le remembrement des terres (et l’exode rural), qui a changé le paysage et la vie des paysans, le tourisme (Douarnenez transformé en musée après l’effondrement de la pêche), les zones industrielles, et l’effacement de la langue bretonne, autant de traits culturels auxquels il a fallu renoncer au nom de la modernité.

Le second texte, L’enfant et la guerre, est chronologiquement antérieur. Né en 1940, J.M.G. Le Clézio a vécu les cinq premières années de sa vie en temps de guerre. Sa mère, accompagnée de ses deux fils et de ses parents s’est réfugiée à Nice, puis dans un village de la vallée de la Vésubie. Le père, lui, est en Afrique. N’ayant rien connu d’autre, le jeune Le Clézio ne peut imaginer que la vie soit différente de ces années marquées par la peur des bombes et la faim. Ce texte fort et pudique met en lumière la fragilité de l’enfant devant la violence de l’Histoire.

Jean-Marie-Gustave Le Clézio a publié son premier roman, Le Procès-verbal, en 1963. Depuis, plus de quarante, romans, récits, contes et essais sont venus élargir son œuvre au fil des décennies. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2008.

Bien que différents, ces deux contes marquent un retour aux sources de l’existence de l’auteur et éclairent la fabrication de son imaginaire et, au-delà, de son œuvre.

Aucune nostalgie dans ces souvenirs qualifiés de contes car « La mémoire est un tissu fragile, facilement rompu, contaminé ».