Un père meurt

Par 11 mai 2020 à 17:05

"Le soir où mon père est mort, on s’est retrouvés en voiture avec mon frère, parce qu’il faisait nuit, qu’il était presque 23 heures et que passé le choc, après avoir bu le thé amer préparé par l’infirmière et avalé à contrecœur les morceaux de sucre qu’elle nous tendait pour qu’on tienne le coup, il n’y avait rien d’autre à faire que de rentrer. Finalement, avec ou sans sucre, on avait tenu le coup, pas trop mal, pas mal du tout même, d’ailleurs c’était bizarre comme on tenait bien le coup, incroyable, si on m’avait dit."

Un père meurt. Un père aux deux visages ; parfois violent, parfois aimant, un être complexe et attachant, forcément imparfait. Et la suite est forcément un peu universelle aussi : viennent l’annonce de la mort, les préparatifs de l’enterrement, le rangement de la maison paternelle. Les souvenirs qui affluent, les relations au sein de la famille, la mère, victime de ce père tout puissant, le frère, enfermé dans une colère sourde. Et l’après, le deuil, peut-être, un jour…

Anne Pauly signe ici son premier roman, autobiographique. C’est un roman du deuil, un roman du père aussi, mais surtout un roman d’une justesse folle et d’un humour teinté d’espoir. Oui, on survit à ses parents, et peut-être même qu’un été, on ne déteste plus les chemises à fleurs, et sur la route des vacances, on peut enfin se laisser aller aux larmes.

On ressort de ce livre brassé, comme par des vagues, par des bras, embrassé ; et on se sent moins seul, dans la vie, et même, pourquoi pas, carrément, dans l’univers.

Anne Pauly était l’invitée du Printemps du Livre de Grenoble 2020 - En ligne et vous pouvez la retrouver en interview et en vidéo sur Cinévod. Elle fait également partie de la sélection du Prix France Inter 2020.